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A la Méditerrannée au moyen de force musculaire III

Le premier mai 2001, la météo prévoyait plusieurs jours ensoleillés de suite, sur mon tricycle, un Optima Rider, je partis d'Eberstadt, petit village vinicole non loin de Heilbronn pour Luc-sur-Orbieu, autre petit village vinicole non loin de Narbonne. Au départ, mon fils Joschka Ben usa de façon extraordinaire ses cordes vocales, parce que je ne voulais pas l'emmener. Par jour, j'avais l'intention de couvrir 200 à 250 km. Je comptais alors parcourir la distance de 1200 km jusqu'à Luc en moins de six jours. Malheureusement je me suis bien trompé. Je grimpais à peu près chaque montée à la vitesse d'un escargot. Au bout de 50 km, à Bretten, mes pieds commençaient à brûler. Pour les 80 km à peine d'Eberstadt à Karlsruhe j'eus besoin de plus de quatre heures. Si j'enlevais mes pieds des pédales automatiques et les posais par terre, j'avais l'impression de mettre mes pieds à moitié gelés dans de l'eau chaude. A Rastatt, je me décidais à faire demi-tour. A Karlsruhe, je trouvais une station-service d'où je pouvais téléphoner. Finalement on a été obligé de venir me chercher à Bretten, après un trajet de 160 km.

Je ne sais pas pourquoi, mais cet échec ne me rendait pas triste. Bien au contraire, j'étais heureux de penser que l'on ne peut rien changer parfois. De toute façon, je m'étais pas du tout préparé. Je voulais démontrer, que n'importe qui pouvait couvrir plus ou moins une grande distance dans un laps de temps assez serré et sans préparation avec la seule force de ses muscles. Cette hypothèse n'est pas encore prouvée par moi, mais est-ce que ça veut dire quelque chose?

Je ne me suis jamais vu sans aucune chance d'y arriver, bien que cette affaire de pieds brûlants ne m'ait pas tout à fait surpris. Déjà l'année avant à la fin de l'étape Lyon - Avignon, j'avais à me battre avec le même phénomène. A vrai dire j'avais craint que quelque chose de ce genre là m'arrive. Tant pis, il y aura certainement des jours meilleurs. En tout cas, il était dans mon intérêt, de me faire faire de semelles orthopédiques. Donc, je suis passé chez Monsieur Setzer, qui est un cordonnier orthopédique. Le 10 mai à 9 h 30, je pouvais venir les prendre. A partir du magasin j'ai directement continué mon trajet vers Marckolsheim. Bien qu'elles n'aient pas pu produire de miracles, les semelles s'avéraient utiles.

J'ai failli oublier : un échec me donne l'occasion bien sûr, de revoir de plus près la faisabilité de mon projet et de le rapprocher un peu plus à mes capacités. Peut-être pour l'année prochaine...

Jeudi 10 mai 2001: la première étape

Dix jours après que mon plan foireux avec le tricycle ait échoué, je me remets en route. Cette fois-ci avec ma «couchette&» M5 20/20.

8 h 45. Il est temps de partir. En vitesse, je mets en marche le HAC4, un altimètre électronique, que je venais d'acquérir. Tous les 20 secondes, il va enregistrer mon dénivelé. A la fin du voyage j'aurais un profil de dénivelés. De nos jours on en a besoin. La plupart de ses 55 (!) fonctions ne sont malheureusement pas accessibles pour moi, car non seulement les nombreuses pages du manuel d'utilisation me dépassent, mais aussi pour des raisons de poids je ne veux pas emporter ce manuel et de toute façon l'émission radio des capteurs ne dépassent guère 80 cm, ce qui est trop court pour mon VPH.

A Heilbronn, je prends les semelles, elles vont parfaitement dans mes chaussures de cycle. A Neckargartach, je me fais prêter dans le garage de Zacka une clef de dix. Mon rétroviseur a plutôt l'air d'une queue de vache et demande à être serré. Zacka, qui est un amateur de marche, est très content pour moi.

Quelque part après Rastatt, en traînant un peu sur la piste cyclable, un vélo de course me dépasse sur la route en toute vitesse. Bien que j'augmente ma vitesse considérablement, il a vite pris pas mal d'avance. L'occasion s'offre à moi aussi de me mettre en train et je commence la poursuite. C'est vachement satisfaisant de constater, que la distance diminue. C'est sans doute le même sentiment que celui d'un chasseur, qui suit sa proie sans que celle-ci s'en rende compte. D'abord c'est quatre poteaux au bord de la route, puis trois puis deux, puis un. Enfin je double sans diminuer ma vitesse et je salue joyeusement d'un «Hallo». Je n'ai pas vraiment le souffle pour dire plus. Pas de réponse. Je pense: «Quel trou de cul !» Après quelques secondes je regarde dans le rétroviseur. Le regard me fait trembler: Le gars colle sans problèmes. Maintenant il fera ma connaissance! A 37 km/h je traverse la plaine du Haut-Rhin. Le gars ne perd pas le contact. Je regrette de ne pas m'être entraîné ces dernières semaines. Sans entraînement il est impossible de mettre le compresseur. Par contre, lentement mais sûrement j'arrive à bout de souffle. Je dois lever un peu la pression sur les pédales. Maintenant c'est à lui de rouler dans le vent ! Mais je peux rouler à n'importe quelle vitesse, il me suce toujours mon pneu arrière. J'essaie encore une fois une conversation. Je lui demande où il va. J'aurais pu aussi bien pisser dans un violon. Tant pis, je m'en passerai bien. Je le laisse partir, parce que je dois rouler plus doucement. J'ai besoin d'oxygène. Ce gars est plus fort que moi.

A Lichtenau, je goûte un sandwich végétarien. Je l'arrose d'un litre de cola et en plus je me fait remplir la gourde. Je traverse Strasbourg sans problème et je roule en direction de Marckolsheim. Le vent dans le dos fait que j'ai pas mal avancé. Mais les pieds me brûlent bien. Plusieurs fois je suis obligé de m'arrêter un court instant. J'arrive à Marckolsheim vers 18 heures. J'aurais bien aimé continuer encore un peu, mais mes pieds me font comprendre que l'heure du repos a sonné. Je retrouve une douche à l'étage et un lit pour la nuit dans le même gîte, où je dormis l'an dernier. Depuis ma fenêtre, je peux directement regarder dans la cour du voisin. Il semble être artisan, électricien sans doute, il a investi une bonne partie de son capital en matériaux, qui remplissent la cour. Avant que je me fasse servir une tarte flambée et un litre de panaché à «l'Auberge du Rhin», je lave mon maillot vite fait.

1ère étape : 212 km, 681 m de dénivelé

Vendredi 11 mai 2001: 2e étape

Le petit déjeuner se prend à partir de 7 heures et demie. Donc c'est l'heure où je me trouve à table. L'aimable patron me demande, jusqu'où je veux aller aujourd'hui et je le lui dit, non sans rajouter, que je regrette d'avoir oublié à la maison une liste de gîtes, qui sont sur le chemin. De suite il va me chercher un registre épais et après quelques difficultés qui sont liées à l'organisation des données, je trouve ce que je cherche. Je note trois numéros de téléphone, le remercie et me couche avec quarante-cinq minutes de retard avant le patron et d'autres hôtes intéressés par mon vélo.

Peu avant Neuf-Brisach, je constate que j'ai oublié de faire démarrer l'enregistrement de l'ordinateur. Si ça continue ainsi, je n'aurai pas un profil topographique, mais un peigne avec la moitié de la dentition qui manque. Cette fois-ci je roule vers Ronchamp sans passer par Belfort, ce que j'ai fait l'an dernier. Mais cette route n'est pas n'est pas de la tarte. Cette année je pédale vers Ronchamp en me serrant plus aux Vosges. Je ne sais pas si cette route a quelques mètres de plus de dénivellation, ce qui pour moi est une horreur par principe. Mais cette route, qui me reste en mémoire parce que j'en avais déjà fait 90 % en 1998, est vraiment plus reposante.

Ma poignée tournante droite perd une vis sans que je m'en aperçoive et voilà l'origine de quelques soucis. Puisque je suis à Vesoul déjà à 15 heures, j'entre dans le premier magasin de vélo que je rencontre. On s'occupe de moi tout de suite. D'accord, la vis dont on a besoin n'est pas en stock mais le truc en plastique qui est tenu par elle, est fixé par l'aimable mécano à l'aide d'une bande adhésive. Il me demande, combien de kilomètres je veux encore rouler. La réponse lui fait passer un bon coup d'huile sur la chaîne. En outre il remarque, que Campagnolo serait super, mais si on veut faire de la randonnée, mieux vaut à cause de l'approvisionnement en pièces de rechange rouler avec du matériel Shimano. Il ne veut pas accepter d'argent, c'est pourquoi je lui achète plusieurs portions de nourriture gélifiée, dont j'aurais encore bien besoin.

Je m'arrête à une station-service pour acheter une bouteille d'Orangina bien fraîche et j'appelle les trois gîtes, qui sont encore éloignés de deux à quatre heures et dont je me suis noté les numéros de téléphone ce matin. Malheureusement, dans aucun cas on ne me répond. Puisque je ne suis pas tout à fait convaincu de trouver de quoi roupiller dans la Sibérie française (et aussi, parce que mes pieds me brûlent et que je ne suis pas trop chaud pour continuer ma route), je me dirige vers une Formule 1 et j'y prends une chambre. Moi, je trouve ce genre de logement simplement pratique. En première ligne je veux pouvoir prendre une douche, dormir, laver mes maillots et garer en lieu sûr mon vélo. J'en ai pas besoin d'un bouquet de fleurs sur la table, pas d'artiste inconnu au mur et pas de chaîne porno à la télé. Celui qui a besoin de peu, a besoin de peu d'argent. C'est aussi simple que ça.

2e étape : 158 km, 731 m de dénivelé

Samedi 12 mai 2001 : 3e Étape

Lorsque j'ouvre les yeux vers 7 heures du matin, je vois dans le ciel, qui est sans nuage et parfaitement bleu, quelques rubans condensés. Ils mènent tous du nord-est au sud-ouest. Deux tournent à un point invisible de 45° à gauche, plein sud. L'étape d'aujourd'hui sera à peu près pareille. D'abord en direction sud-ouest jusqu'à la Saône et Chalon-sur-Saône et si ensuite j'ai encore du temps et l'envie je continue plein sud. Malheureusement, personne ne m'a montré la combine avec les rubans condensés.

Le départ est remis en question un peu à cause d'une hyperactivité intestinale. Pour aller à Fretigney, je ne prend pas la Nationale super-fréquentée, mais je roule un peu plus au nord jusqu'à Noidans-le-Ferroux, où je tourne à gauche pour rejoindre le chemin à suivre. Je me félicite de cette décision. Avant 11 heures et demie je suis à Pesmes. Je me permets un café et un sirop de menthe sur la terrasse du restaurant au bord de l'Ognon. L'étoile centrale me chauffe pas mal et malgré la route qui descend les derniers cinq ou six kilomètres, je suis bien content du repos à l'ombre. En face un homme démonte des câbles. Les restes sans doute de la dernière discothèque en plein air. Depuis Auxonne le vent favorable me facilite considérablement la progression. A Chalon-sur-Saône je prend le chemin de l'école et les pieds me brûlent horriblement. Deux hélicoptères s'entraînent à sauver un noyé du fleuve. Ou est-ce sérieux ? Je me sens bien rusé et je prend la déviation obligatoire pour les poids lourds, sans traverser Saint-Marcel mais en le contournant. Bientôt je me retrouve à droite de la Saône sur la RN 7. En empruntant des petits chemins dont l'existence m'est révélée par un pompiste sympa, qui est ravi de mon bent, je retrouve l'endroit, où je voulais aller. Je remarque, que mon compteur ne fonctionne plus. Il s'avère que l'aimant sur les rayons s'est légèrement déplacé. Mais le kilométrage ce soir sera erroné. Tant pis, 30 ou 40 kilomètres de plus ou de moins n'est pas vraiment important. De toute manière j'ai fait beaucoup de détours.

Le soleil brûle dans un ciel bleu. Ma crème solaire à l'indice 30 est épuisée. Le petit supermarché où je me suis arrêté pour me ravitailler, n'a rien. « Le mois prochain » me dit la vendeuse. Incroyable!

A partir de 17 heure je demande dans les gîtes, situés pas trop loin de la route, si je peux louer une chambre. Malheureusement tout est complet. ça m'aiderait si leurs panneaux mentionnaient aussi un numéro de téléphone, afin que je ne sois pas obligé de visiter les villages. A Pont-de-Vaux je trouve non seulement un supermarché qui a une protection solaire, mais aussi un hôtel bourgeois ou je peux me reposer. Le vélo fait dodo dans une baraque qui se ferme à clef. La salle de bain n'a pas de véritable douche. C'est pourquoi je prend pour la première fois depuis des années un bain. C'est vrai que c'est un peu dégueulasse mais ça détend pas mal.

Après le dîner je regarde, couché sur mon lit, quelques images du Grand Prix d'Eurovision de la Chanson. Je crois que seuls les êtres doués de raison peuvent se contenter de choses simples. Pourquoi par exemple le vélo me donne autant de plaisir ?

3e étape : plus que 211,5 km, 785 m de dénivellation

Dimanche 13 mai 2001 : 4e étape

Toute la salle du petit déjeuner est à moi. Le patron me sert du beurre, des croissants, de la confiture et du café. Ensuite il disparaît dans sa cuisine et je l'entends trafiquer sur des poêles ou des casseroles. Cet après-midi se passe un critérium à Pont de Vaux. Dommage, que je n'ai pas le temps. Si je participe à une cyclo en France, on me donne pratiquement toujours un prix ou un bocal. Celui pour le participant le plus éloigné.

A huit heure, la couchette est sortie de la baraque, le HAC4 mis en marche et je m'en vais sous le regard curieux des deux lève-tôt. Dès que je suis sorti de la ville, le vent me souffle dans la figure. Je suis bien content du vent contraire. Non seulement il me sèche les perles de sueur sur mon front mais m'offre aussi l'occasion, d'étonner un peu les cyclistes, qui seront certainement nombreux aujourd'hui, puisqu'il fait très beau et c'est dimanche. Certes, moi aussi je suis dérangé par le vent, mais moins.

Je roule parallèlement au Saône sur la D. 933 dans une région légèrement vallonnée vers Lyon. Parfois, quand ça monte, je suis doublé par un vélo de course, mais quand ça descend, je le rattrape. Quelques échanges : « D'où viens-tu, où vas-tu ? ». Et bien sûr des questions sur le bent. Plus je m'approche de Lyon, plus les feux rouges deviennent nombreux. Tout les cyclistes, que je rencontre, rentrent pour souper. Heureusement, les maniaques de l'accélérateur ont faim, eux aussi et c'est pourquoi je ne retrouve pas les bouchons traditionnels. Seul un marché aux fleurs le long de la Saône et qui s'étale jusque dans la rue, prête attention un moment à ma progression modérée.

A midi et demie, je suis dans le centre. Aujourd'hui, je ne passe pas par Perrache comme d'habitude, mais par derrière en longeant le Port Rimbaud, en direction de Pierre-Bénite. Je prends la D. 15, en passant par Irigny et Givors, qui m'emmène à Chasse-sur-Rhône où je suis vers 14 heures. Puis j'emprunte la N. 86 et longe le Rhône direction du sud. C'est vrai, la N. 86 est une Nationale, mais il y a des tronçons, où elle n'est pas trop fréquentée.

J'ai une consommation d'eau d'au moins quatre litres au cent kilomètres. La chaleur exceptionnelle serait insupportable s'il n'y avait pas ce vent qui me souffle dans la figure. Plusieurs fois, je suis obligé de m'arrêter pour laisser refroidir mes pieds brûlants. A partir de Tournon en cherchant de quoi roupiller, je traverse en quête de gîtes plus d'un village, mais malheureusement aucun n'a de la place pour moi. Finalement je traverse le Rhône et pénètre dans Valence. Là je roule dans un énorme nid de poule et me couche parterre aux carrefour qui suit. Ma roue avant est crevée. En réparant la chambre à air, je me rends compte que juste en face de moi il y a un Etap-hôtel. C'est ainsi que la nuit sous un toit est assurée. Le contrat d'hébergement a failli ne pas se conclure, car la dame à la réception m'interdit d'emmener mon vélo dans ma chambre et veut le mettre sur sa terrasse qui est derrière le bâtiment. Je ne peux pas adhérer à cette idée et m'apprête à partir. Ce n'est que quand elle m'offre de garer le vélo couché dans la laverie, que nous tombons d'accord.

Je fais ma toilette lave dans la chambre et nettoie mes vêtements sales. Ensuite je m'en vais manger des spaghettis et un dessert. A 11 heures et demie je veux fermer l'oil mais la nuit est trop douce pour les dormeurs.

4e étape : 207 km, 534 m de dénivellation

Lundi 14 mai 2001 : 5e étape

Peu après sept heures. Je suis encore le seul hôte dans la salle du petit déj. Je mange au moins une tranche de chaque sorte de pain, toutes les confitures sont testées et je bois les trois différents jus de fruits, au moins un litre et demi. Les 24 F pour le petit déjeuner ne sont pas mal investis.

A 8 heures je suis prêt à partir. Mais ensuite je suis abasourdi. Je vais chercher mon vélo dans la laverie. Et qu'est-ce que je vois ? La roue avant est à plat. Sur le parking je change la chambre à air. Mais j'ai l'impression que celle-ci perd de l'air aussi. Donc, je reprends au début. Nouvelle chambre, nouveau pneu. Merde, malgré que je me suis endormi hier soir relativement tard, je me suis levé à 7 heures moins 20 afin de pouvoir partir tôt. Maintenant je perd mon temps sur le parking de l'hôtel.

A première vue, je n'aurai pas de coups de soleil aujourd'hui. Le ciel est couvert et probablement il pleuvra bientôt. Je pars de Valence en traversant le Rhône vers la N. 86 et puis toujours en direction du sud. Un sud que j'aurais du mal à trouver à cause d'un soleil absent, si je ne connaissais pas la route. Les premières gouttes commencent à tomber à Bourg-Saint-Andéol. Un monomoteur bourdonne en direction du sud, 3000 pieds au dessus de moi. A un moment donné l'avion disparaît dans les nuages. ça me rassure beaucoup. S'il y avait un orage à craindre, il ne se serait jamais aventuré dans les nuages.

Quelques kilomètres avant Pont-Saint-Esprit, une colline avec à peu près 150 m de dénivellation me barre la route. Quand j'arrive en haut, je remarque que j'ai faim et soif, en réalité je veux peut-être tout simplement me reposer un peu. Que sais-je quels tours me joue mon subconscient ? La station service abandonnée au bord de la route avec un petit cimetière pour bagnoles à coté, tombe à pic. On est midi. Tout est calme. J'ouvre la porte. Personne ! Silence absolu. Sur le comptoir quelques sucettes se battent dans une tasse. Après deux minutes, arrive une petite femme mince, à l'âge indéfini. Je lui dis que j'ai faim et soif. Elle commence à m'énumérer les boissons qu'elle vend. J'achète deux bouteilles d'une boisson portugaise que je ne connais pas. Une boisson avec beaucoup d'acide carbonique, vachement sucré qui me câline la langue. En plus, s'offrent à moi des barres bio avec du sésame et dans deux autres parfums. Enfin autre chose que ces habituelles barres Marnickernuts enrobés de chocolat. J'en achète une pour goûter. Mon gosier est enthousiasmé et j'en achète neuf barres supplémentaires, que je peux, à cause de l'absence de chocolat, tenir dans la main en plein soleil et pendant que je roule. C'est la meilleure station service de toute la route.

A Bagnols-sur-Cèze, je quitte la N. 86 pour aller en direction d'Avignon, ce qui m'apporte 20 kilomètres de plus, mais qui m'épargne 200 m de dénivellation parmi un trafic dense. Je m'arrête à Rochefort du Gard devant un café pour prendre un grande panaché. L'idiot du village, au comptoir, se moque de moi. Il n'a jamais de sa vie vu un pareil vélo. Les clients présents apprennent de lui qu'un vélo comme le mien sert peut-être à faire la sieste, à la rigueur une petite promenade autour de Rochefort, mais ça ne vaut absolument rien pour faire le Tour de France. A ces mots, je souris et reste silencieux. Ce côté arrogant chez moi est bien nouveau.

A l'entrée de Nîmes, il n'y a pas mal d'hôtels automatiques. Délibérément je choisis le moins cher : Formule 1. Devant l'entrée il y a un groupe de gens par terre, qui ont ramené dans des sacs en plastique beaucoup de cannettes à bière qu'ils ont déjà vidées. Ils discutent assez éméchés et rient sans arrêt. Quoique je ne comprenne pas un mot, je dois rire involontairement. Sur le parking est garé un car polonais.

5e étape : 164,7 km, 610 m de dénivellation

Mardi 15 mai 2001 : 6e étape

Le ciel est gris foncé et les nuages très bas. Toutes les personnes, à qui je le demande, pensent qu'il va pleuvoir bientôt. En fait, c'est stupide de partir maintenant. Il ne fait pas extrêmement chaud non plus, 18 °. Si jamais je suis trempé, j'attraperai froid. Tant pis, ce soir j'ai un rendez-vous et on m'attend pour dîner à Luc entre 18 et 20 heure.

 

Traverser Nîmes entre 8 heures et 9 heure du matin c'est un pur plaisir. C'est absolument plat. Il y a beaucoup de ronds-points, encore plus de feux, une masse de bagnoles qui se gênent et bouchonnent. Soit je vais aussi vite que tout le monde autour de moi, soit je dépasse les voitures qui attendent. Je fais sensation à l'arrêt du bus scolaire devant l'école.

A partir de Lunel, le soleil montre son nez et bientôt toute sa figure. Quelle chance, que j'ai deux litres d'eau dans ma vache à eau derrière ma nuque. A Montpellier, des montées courtes et raides à gérer, mes élans sont coupés par les feux rouges qui m'obligent à l'arrêt. J'arrive à Sète à midi et j'achète de quoi manger et boire à une station service où il y a un arbre devant qui donne un peu d'ombre. Mes pieds, qui me brûlent, ne sont pas mécontents du repos. Au bout d'une demi-heure, je suis remis et je continue la fameuse route de la plage qui sur 11 kilomètres tout droit donne vers Marseillan-Plage. En juillet et en août c'est l'enfer ici. En l'espace d'une nuit toutes les places de stationnement dans des campings qui sont là comme les perles d'un collier seront prises d'assaut. Au début des années 70, le président à l'époque, Georges Pompidou, voulait faire de ce paradis marécageux des moustiques une Nouvelle Floride depuis les Bouches du Rhône jusqu'à Perpignan. Il paraît qu'il y est parvenu. En passant par Cap d'Agde, Sérignan et Vinassan j'arrive à Narbonne. De là, il me restent que 20 kilomètres jusqu'à Luc, où j'arrive sous un soleil brillant peu avant 18 heures.

6e étape : 203,2 km, 477 m de dénivellation

Le trajet

1ère étape
Eberstadt - Heilbronn-Neckargartach - Leingarten (B 293) - Schwaigern - Eppingen - Bretten - Berghausen - Grötzingen - Karlsruhe - Ettlingen - Rastatt - Lichtenau - Kehl - Strasbourg - Graffenstaden (sur D 468) - Plobsheim - Boofzheim - Marckolsheim.
2e étape
Marckolsheim - Neuf-Brisach (tourner sur la grande place contre le sens d'une montre et la quitter après 270 degrés vers la droite, à la sortie de la ville on prend un petit pont et on quitte le rond-point pour prendre de suite vers la droite en direction Colmar - Ensisheim - Cernay. Directement avant Cernay à gauche sur la N. 83 (quatre voies). On quitte à la prochaine sortie direction Thann. On contourne le rond-point 180 ° direction Thann - après 500 m à gauche vers - Aspach-le-Haut - Michelbach - Guewenheim - Sentheim - Lauw - (à gauche vers) - Rougemont-le-Château - Etueffont -Giromagny - Ronchamp - sur la N. 19 jusqu'à - Lure (au premier rond-point direction le centre Ville, après un km on traverse un pont, tout de suite après ce pont à gauche vers) -Vy-les-Lure (village le long de la route, attention : après 2 km à droite vers) - Mollans - Liévans - Vesoul.
3e étape
Départ à Vesoul. En passant par Pusey et Vaivre vers Noidans-le-Ferroux. Directement avant l'entrée du village à gauche vers Fretigney - Gy - Chaumercennes. Puis on descend 5 km vers Pesmes. On continue vers Champagney - Auxonne - Labergement-les-Auxonne - Maison-Dieu (rester à gauche de la Saône) - St. Marcel - Epervans (D. 933) - Ouroux - Pont de Vaux.
4 e étape
Pont de Vaux (on reste sur la D. 933) - Lyon - Lyon Quai Rimbaud - Pierre Bénite (D. 15) - Irigny - Givors - Chasse-sur Rhône (on reste sur la N. 86) Condrieu - Serrières - Champagne - Andancette - Tournon - Cornas - Valence.
5e étape
Valence (retraverser le Rhône et rejoindre la N 86) - Montélimar - Bagnols-sur-Cèze - Rochefort du Gard - Remoulins - Nîmes.
6e étape
Nîmes - Lunel - Montpellier - Sête - Cap d'Agde - Cruas - Sérignan - Lespignan - Salle d'Aude - Vinassan - Narbonne (sur N. 113 direction Lézignan-Corbières) - Mont Redon (après 4 km à gauche vers) Ornaisons - Luc.

Dépenses du voyage

        Total en FF Total en Euro    
endroit nuit dîner petit déjeuner par jour par jour nom téléphone France: +/33
Marckolsheim 150 90 incl. 240 36,59 Anne et Paul Allonas 03 88 92 55 62
Vesoul 125 67,5 22 214,6 32,70 Formule1 Vesoul 03 84 75 20 00
Pont-de-Vaux 250 147 35 432 65,86 Les Platanes 03 85 30 32 84
Valence 180 80 24 284 43,30 Etap-Hôtel Valence 04 75 82 00 82
Nîmes 161,5 120 22 303,5 46,27 Formule1 Nîmes 04 66 26 38 00
Total 866,5 504,5 103 1474 224,71 argent de poche ca. 100 Euro

La dénivellation. Les drapeaux signifient les villes d’étape.
Marckolsheim, Vesoul, Pont-de-Vaux, Valence et Nîmes

Une collection des Photos

Cernay Formule1 Saône Valence Narbonne Sête Aude
Cernay Formule1 Saône Valence Narbonne Sête Aude